Rapport annuel du CERS 2025
Avant-propos

Je suis heureuse de vous présenter le quinzième rapport annuel du Comité européen du risque systémique (CERS), qui couvre la période allant du 1er avril 2025 au 31 mars 2026. Le CERS a l’obligation statutaire de publier ce rapport eu égard au principe de transparence et de responsabilité. La présente publication montre comment le CERS a rempli son mandat, qui consiste à détecter et atténuer les risques systémiques pesant sur la stabilité financière dans l’Union européenne (UE) et à présenter un rapport sur ses activités au Parlement européen, au Conseil de l’UE et au public.
L’environnement mondial a été exceptionnellement incertain durant la période sous revue. Des tensions géopolitiques, de nouvelles frictions commerciales et des incertitudes accrues en ce qui concerne les mesures prises par les pouvoirs publics ont continué d’influer sur les conditions macrofinancières dans l’UE. Toutefois, l’économie européenne et son système financier ont fait preuve de résilience face à ces difficultés. Préserver cette résilience reste vital, car les risques pesant sur la stabilité financière persistent à des niveaux élevés. Le CERS s’est concentré sur deux facteurs clés susceptibles de mettre considérablement à mal cette résilience : le risque macroéconomique et le risque de marché.
Le suivi relatif au rapport du groupe de haut niveau sur le réexamen du CERS a constitué une étape importante de la période sous revue. En juin 2025, le conseil général du CERS a convenu de progresser vers une évaluation plus globale des risques et des vulnérabilités et de promouvoir une approche systémique en matière de politique macroprudentielle. Il s’agissait de concentrer les efforts tant sur les entités elles-mêmes que sur toutes les activités essentielles à la stabilité financière. Ce changement d’approche consiste notamment à développer une capacité de tests de résistance descendants à l’échelle systémique et à intégrer l’analyse de l’orientation macroprudentielle dans les évaluations régulières du CERS.
Le CERS a publié un rapport sur les crypto-actifs et la finance décentralisée et leurs implications pour la stabilité financière. Il a également adopté une recommandation concernant les dispositifs de cyberjetons indexés multiémetteurs avec pays tiers. Les vulnérabilités inhérentes à ces types de dispositifs génèrent clairement des risques pour la stabilité financière de l’UE. Aussi est-il primordial que toutes les autorités concernées, comme la Commission européenne et les autorités européennes et nationales de surveillance, agissent selon cette nouvelle recommandation.
Le CERS suit une approche intersectorielle à l’échelle de l’UE pour réaliser ses analyses des risques pesant sur la stabilité financière, comme en témoignent plusieurs des rapports qu’il a publiés au cours de la période sous revue. Le rapport 2025 relatif au suivi des risques liés à l’intermédiation financière non bancaire dans l’UE fournit une évaluation complète et systémique des vulnérabilités existant dans le secteur des fonds d’investissement, pointant un levier d’endettement important, un risque de liquidité persistant et une interconnexion croissante. Deux rapports élaborés par le CERS conjointement avec la BCE au sujet des risques pour la stabilité financière découlant des liens entre les banques et les intermédiaires financiers non bancaires et des risques liés à la fragmentation géoéconomique examinent comment les chocs peuvent se propager entre les secteurs et par-delà les frontières, et comment les évolutions géopolitiques, l’incertitude liée à la politique économique et la fragmentation peuvent amplifier le risque systémique. De plus, le rapport du comité scientifique consultatif sur l’intelligence artificielle et le risque systémique donne des indications prospectives sur la manière dont le changement technologique pourrait amplifier les vulnérabilités existantes ou créer de nouvelles sources de risque systémique.
Les travaux du CERS reposent sur l’engagement et l’expertise de nombreuses personnes au sein de ses institutions membres, de ses organes consultatifs et de son secrétariat. Je tiens à exprimer ma gratitude envers les nombreux contributeurs de la communauté du CERS. Je voudrais également témoigner ma sincère reconnaissance et adresser de chaleureux adieux à Pablo Hernández de Cos dans sa fonction de président du comité technique consultatif. J’aimerais aussi remercier Mário Centeno, gouverneur de la Banque du Portugal, et José Manuel Campa, président de l’Autorité bancaire européenne, pour leur contribution aux travaux du conseil général et du comité de pilotage. Enfin, ma gratitude va à Klaas Knot, président de la Banque des Pays-Bas, pour son soutien et son engagement précieux en tant que membre du conseil général.
Christine Lagarde
Présidente du Comité européen du risque systémique
Résumé
La période considérée dans le présent rapport annuel a débuté le 1er avril 2025 et s’est achevée le 31 mars 2026.
Au cours de cette période, le Comité européen du risque systémique (CERS) a accompli ses activités régulières de recensement et d’évaluation des vulnérabilités et des risques pesant sur la stabilité financière.
Les risques pour la stabilité financière dans l’UE sont demeurés élevés tout au long de 2025 et jusque début 2026, mais le système financier dans son ensemble s’est montré résilient. Durant la période sous revue, le paysage de la stabilité financière dans l’UE a été façonné par un environnement extérieur extrêmement incertain dans lequel les frictions commerciales et les tensions géopolitiques ont pesé sur les marchés financiers et l’économie. Si la résolution de certains conflits commerciaux et la conclusion de nouveaux accords commerciaux ont contribué à atténuer l’incertitude entourant la politique économique au second semestre 2025, les nouvelles tensions géopolitiques au Moyen-Orient début 2026 ont exacerbé les risques de ralentissement de la croissance économique. En dépit de facteurs mondiaux défavorables, les conditions financières et économiques dans l’UE sont restées assez robustes globalement. Elles ont été favorables aux bilans des ménages et des entreprises au niveau agrégé et limité les pertes de crédit pour un système bancaire au demeurant bien capitalisé et rentable. Les institutions financières non bancaires ont pu absorber la volatilité sur les marchés et les principales infrastructures financières ont continué de fonctionner de façon satisfaisante, même face à des risques cyber et géopolitiques accrus. Quoi qu’il en soit, si la résilience du système financier souligne les avantages du renforcement des cadres réglementaires après la crise, il reste essentiel de surveiller de près les expositions concentrées (à des secteurs, catégories d’actifs et marchés de financement spécifiques, par exemple), les risques de marché et de liquidité et l’éventualité de variations soudaines de l’appétence pour le risque.
À l’avenir, plusieurs scénarios défavorables pourraient nuire à la stabilité financière en amplifiant les vulnérabilités existantes. Une intensification des conflits au Moyen-Orient ou une détérioration du sentiment à l’égard du risque au niveau mondial pourraient déclencher des corrections désordonnées et brusques des marchés susceptibles d’être transmises à l’économie réelle à travers une baisse de la confiance et un accroissement des coûts de financement. Les pressions exercées par l’augmentation des prix des matières premières et l’émergence d’une fragmentation de la chaîne d’approvisionnement vers la fin de la période sous revue ont mis une fois de plus en lumière la sensibilité du système financier aux chocs mondiaux et le risque d’une réévaluation abrupte des prix sur les marchés financiers, et aux anticipations d’inflation. Les établissements financiers pourraient être confrontés à de plus fortes contraintes de financement et de liquidité, en partie du fait d’une éventuelle nouvelle réévaluation des taux d’intérêt, et à des effets de contagion entre les pays et les secteurs. Dans le même temps, les perspectives de croissance atones à moyen terme, l’endettement public élevé dans certains États membres de l’UE et les dépenses croissantes en matière de sécurité limitent la marge budgétaire et s’ajoutent aux inquiétudes relatives à la soutenabilité. En outre, les risques cyber pourraient significativement perturber les infrastructures financières essentielles et la continuité opérationnelle. Les risques pesant sur les perspectives macrofinancières sont étroitement liés aux vulnérabilités du secteur financier, qui pourraient se renforcer mutuellement et accroître le risque systémique global.
En 2025, le CERS a continué de surveiller les risques provenant du secteur de l’intermédiation financière non bancaire (IFNB). Le rapport 2025 relatif au suivi des risques liés à l’intermédiation financière non bancaire dans l’UE a mis en évidence la hausse des vulnérabilités conjoncturelles et structurelles, la persistance du risque systémique de liquidité, l’effet de levier et l’interconnexion élevés dans certaines parties du secteur de l’IFNB, une concentration croissante des expositions et des liens transfrontières[1]. Ces constats résultent d’analyses approfondies des interdépendances entre les marchés financiers privés et le secteur bancaire, l’endettement des fonds spéculatifs, les fonds d’investissement immobiliers et les institutions financières captives, ainsi que de travaux thématiques sur les récents épisodes de tensions sur les marchés, les réformes des systèmes de retraite et la titrisation synthétique.
En 2025 également, le CERS a poursuivi le développement de sa panoplie d’outils de tests de résistance à l’échelle systémique. Il a fourni à l’Autorité européenne des marchés financiers (AEMF) des scénarios défavorables pour les tests de résistance sectoriels, à savoir les orientations 2025 relatives au test de résistance sur les fonds d’investissement monétaires et le test de résistance 2026 des contreparties centrales. Ces scénarios défavorables tiennent compte des risques extrêmes liés aux tensions géopolitiques élevées, aux chocs sur les cours des matières premières et l’inflation, aux corrections soudaines des prix des actifs et aux tensions associées sur la liquidité. En parallèle, le CERS a aussi décidé de mettre au point un outil de tests de résistance descendants à l’intention du système financier de l’UE basé sur le modèle d’analyse interconnectée des tests de résistance à l’échelle du système (Interconnected System-wide stress test Analytics, ISA) de la BCE. Cet outil servira à évaluer les mécanismes d’amplification au sein des secteurs et entre eux dans le cadre de scénarios communs, ainsi qu’à encourager des évaluations systémiques des risques plus fréquentes et plus flexibles.
Le CERS a également continué de travailler sur plusieurs dossiers majeurs de politique intersectorielle et transfrontière. En juin 2025, le conseil général a souligné l’importance d’une vision systémique pour que le CERS puisse remplir son mandat de surveillance macroprudentielle du système financier de l’UE et contribuer ainsi à la prévention ou à l’atténuation des risques systémiques pour la stabilité financière[2],[3].
L’un des objectifs du CERS est de contribuer à empêcher l’accumulation de vulnérabilités et de risques dans l’ensemble du système financier européen. À cette fin, le CERS a continué de participer activement à deux groupes paneuropéens mis en place pour remédier aux vulnérabilités de cybersécurité susceptibles d’affecter le système financier. Il a également perfectionné son modèle « growth-at-risk », qui fait partie de la boîte à outils dont il se sert pour évaluer l’orientation macroprudentielle de ses membres.
Conformément à l’approche axée sur les activités employée pour ses travaux, le CERS a également participé, pendant la période sous revue, à diverses initiatives visant à renforcer le cadre réglementaire, adoptant une approche systémique ou sectorielle, selon les cas. S’agissant de la titrisation et des cryptoactifs, il a exprimé ses inquiétudes au sujet de la proposition de la Commission européenne visant à autoriser les compagnies d’assurance et de réassurance à fournir des garanties non financées en vertu du cadre pour les titrisations synthétiques simples, transparentes et standardisées. Il a également publié une recommandation concernant les dispositifs de cyberjetons indexés multiémetteurs avec pays tiers, appelant la Commission à ne pas considérer ces dispositifs comme autorisés au titre du cadre MiCAR actuel[4], ou à mettre en place des garanties appropriées pour atténuer les risques que ces dispositifs font peser sur la stabilité financière. En matière de compensation centrale, le CERS a répondu à deux consultations de l’AEMF. Lors de la première d’entre elles, portant sur les seuils de compensation, il a soutenu l’approche générale de l’AEMF cherchant à les recalibrer et s’est félicité de l’approche structurée et fondée sur les données employée pour la consultation. Lors de la seconde, qui avait pour thème les exigences de transparence des marges, il s’est exprimé en faveur d’une amélioration de la transparence sur la totalité de la chaîne de compensation. Par ailleurs, le CERS a fourni un avis à l’Autorité européenne des assurances et des pensions professionnelles en ce qui concerne des lignes directrices relatives aux pouvoirs de surveillance permettant de remédier aux vulnérabilités en matière de liquidité. Enfin, il a examiné la possibilité de définir des mesures axées sur les emprunteurs pour le marché de l’immobilier commercial à travers trois instruments potentiels : a) une mesure relative à la section des revenus au niveau des entreprises afin de tenir compte de la capacité d’un emprunteur à assurer le service de sa dette, b) une mesure relative à la section du financement au niveau des entreprises qui pourrait limiter un effet de levier excessif et c) une mesure relative à la section des garanties qui pourrait prendre la forme de limites du ratio prêt/valeur[5].
Le CERS a continué de jouer un rôle de surveillance dans l’évaluation des mesures macroprudentielles prises par les autorités nationales, donnant dans certains cas son avis sur leur utilisation et/ou leur réciprocité. Dans le secteur bancaire, en moyenne, les mesures axées sur les fonds propres ont entraîné un durcissement de l’orientation macroprudentielle dans un certain nombre de pays de l’Espace économique européen, en particulier sous l’effet des hausses des taux des coussins de fonds propres contracycliques. Le tableau est plus nuancé pour d’autres mesures, certains pays ayant assoupli leur orientation, d’autres l’ayant durcie. Des mesures relatives aux emprunteurs ont également été appliquées, mais sans inclinaison particulière en termes de durcissement ou d’assouplissement de l’orientation de politique macroprudentielle. Si l’on examine les exigences de coussins de fonds propres dans l’ensemble de l’Espace économique européen, on constate que les coussins contre le risque systémique ont globalement diminué depuis la pandémie de COVID-19, mais que cette évolution a été largement contrebalancée par la constitution de coussins de fonds propres contracycliques d’une ampleur similaire au total.
Le CERS a rempli ses obligations de rendre compte et de faire rapport au Parlement européen et au public. La présidente du CERS a participé, le 3 décembre 2025, à une audition publique devant la Commission des affaires économiques et monétaires (ECON) du Parlement européen et a également participé à deux réunions confidentielles avec la présidente et les vice-présidents de la commission ECON pour discuter des risques pesant sur la stabilité financière. En outre, le chef et le chef adjoint du secrétariat du CERS se sont adressés au Parlement européen à l’occasion de trois auditions thématiques publiques au cours de la période sous revue. Dans le cadre de son obligation de rendre compte au public, le CERS a publié son rapport annuel 2024 en juillet 2025.
Éditeur
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Veuillez consulter le glossaire du CERS pour toute question terminologique.
HTML ISBN 978-92-9472-450-2, ISSN 1977-5105, doi:10.2849/5040618, DT-01-26-008-FR-Q
Cf. CERS, « EU Non-bank Financial Intermediation Risk Monitor 2025 », no 10, CERS, septembre 2025.
Pour plus de détails sur la vision systémique, cf. l’encadré 10.
Pour plus d’informations sur le mandat du CERS, cf. le règlement (UE) no 1092/2010 du Parlement européen et du Conseil du 24 novembre 2010 relatif à la surveillance macroprudentielle du système financier dans l’Union européenne et instituant un Comité européen du risque systémique (JO L 331 du 15.12.2010, p. 1).
Pour de plus amples détails, cf. CERS, « Addressing commercial real estate lending risks with borrower-based measures », Occasional Paper Series, no 29, CERS, février 2026.